Le processus de modernisation de l’Enseignement Supérieur, Universitaire, Recherche Scientifique et Innovation (ESURSI) en République Démocratique du Congo a franchi un palier décisif ce mardi 26 mai 2026. La grande salle de l'ISP Gombe demeure le cadre qui a servi à la session de formation continue de haut niveau, axée sur l'opérationnalisation de l’Instruction académique N°027 (article 191).


​Cette journée d'études a été ouverte, encadrée et clôturée par la haute direction de l'IGSC (Incubateur du Génie Scientifique Congolais). À travers deux grandes interventions complémentaires menées par des experts de premier plan, l'IGSC a tracé la feuille de route managériale, juridique et comptable indispensable pour implanter et piloter les Structures de Valorisation de la Recherche (SVR).


​L'Éveil de l'entrepreneuriat scientifique: briser les chaînes de la dépendance par la valorisation du génie humain 

​En ouverture de cette journée historique, le Professeur Docteur Antoine Tshimpi Wola, Coordonnateur de l'IGSC, a posé les fondations politiques et stratégiques de la réforme. En parfaite adéquation avec la nouvelle vision de l'ESURSI, son message de bienvenue a résonné comme un appel au sursaut national : la recherche scientifique ne doit plus être un exercice de contemplation, mais un outil d'émancipation économique et de dignité retrouvée pour le peuple congolais.

​C'est sous son impulsion et sa supervision globale que l'IGSC déploie l'architecture des SVR pour sanctuariser et propulser les talents de la jeunesse estudiantine au sein d'établissements comme l'ISP Gombe.

​Comptabilité des Structures de Valorisation et question des exonérations 

​Ouvrant le volet technique et financier de la session, le Doctorant Crispin KABASELE MUKENDI, Expert-comptable agréé ONEC/RDC, a déployé une présentation magistrale dédiée à la rigueur comptable et à la transparence requise pour la gestion de ces nouvelles structures de valorisation, comme le rappelle le titre officiel présenté dans son module. S'adossant aux règles strictes du SYSCOHADA révisé, il a formalisé le modèle standardisé qu'il convient d'implémenter sous la supervision de l'IGSC.

Pour éviter toute dérive ou anarchie bureaucratique, l'expert-comptable a structuré les obligations des gestionnaires autour de pôles clairs :


  1. L'Organisation Comptable Standardisée : L'obligation stricte de tenir une comptabilité transparente pour chaque cellule de recherche ou incubateur. « Aucune dépense ne peut être reconnue sans justificatif ». Les factures, reçus et contrats doivent alimenter un journal comptable fiable pour garantir la confiance des partenaires et des bailleurs.
  2. Le Traitement des Actifs Immatériels : La nécessité d'inventorier et de comptabiliser les produits de la recherche (brevets, logiciels, prototypes) comme la véritable richesse économique et financière de l'établissement.
  3. La Maîtrise du Risque Fiscal et des Exonérations : Une mise en garde ferme contre le mélange des fonds et la non-conformité documentaire. Les exonérations accordées par l'État sont des facilités stratégiques qui exigent, en contrepartie, une traçabilité et une transparence financière irréprochables face au fisc.


Création, organisation et gouvernance des SVR : Du savoir émancipateur au réseau d'accompagnement 

​​Prenant le relais pour le second volet de la journée, le Professeur Michel Bisa, Directeur à l'IGSC, a captivé l'auditoire avec un plaidoyer d'une rare puissance, consigné en temps réel dans vos notes de terrain, appelant à un sursaut immédiat du monde universitaire face aux réalités politiques et économiques.

1. Le manifeste du savoir : reclasser l'Université

​Dans un élan de franchise, le Professeur Michel Bisa a fixé un horizon à court terme :

​« Cette année, il faut éviter d’abandonner les universités entre les mains des politiciens ».

​Pour lui, la science et l'esprit critique doivent reprendre leurs droits légitimes pour guider l'action publique. Il a résumé cette ambition en une formule universelle : « L’intelligence ou mieux le savoir est plus que le pouvoir ». Les SVR sont précisément les instruments juridiques et managériaux qui permettront aux universités de s'autonomiser et de s'affirmer comme le véritable cerveau stratégique de la nation.

 ​2. Le succès par l'accompagnement et l'ingénierie de l'IGSC 

​Pour matérialiser cette rupture et transformer le chercheur en créateur de richesse, le Professeur Michel Bisa a articulé la gouvernance autour de deux leviers stratégiques majeurs :

  • Le Modèle RIPA, ou la boussole de l'autonomie créative : L'itinéraire managérial qui prend le chercheur par la main, dès l'étincelle de son intuition dans les laboratoires, pour le guider à travers les réalités du marché jusqu'à la création d'une valeur palpable.
  • Les Échelles de Maturation, la mesure de notre souveraineté technologique : La grille d'évaluation indispensable pour structurer la pensée de l'innovateur congolais, solidifier son invention face aux standards industriels et lui donner la stature nécessaire pour dialoguer avec les investisseurs.

​Revenant sur l'esprit des futurs ateliers de travail, il a résumé l'ADN de la structure : « Notre succès=Accompagner. L’incubateur met en place un réseau d’accompagnement ».

​3. Le défi des normes face aux 6 000 produits du Génie Congolais 

​Abordant la question de la viabilité commerciale, le Directeur de l'IGSC a mis en lumière un chiffre impressionnant tiré de vos notes manuscrites : 6 000 produits ont déjà été signalés ou identifiés à l'échelle nationale par le Génie Scientifique Congolais. Cependant, le véritable défi reste leur insertion sur le marché légal.

​« Il y a 6 000 produits que le Génie signale, mais il y a des normes à respecter». 

L'IGSC se positionne comme le garant de cette mise aux normes. Sans certification et sans contrôle de qualité, ces innovations ne pourront pas s'imposer. C'est ici que réside le pivot de la réforme : « La propriété est le premier profit pour l’incubateur ». Sécuriser la propriété intellectuelle constitue la première richesse transmissible et monétisable pour l'université.

​Outils de pilotage et feuille de route de l'ESURSI 

​Pour matérialiser cette transition et sécuriser le traitement des financements, la session a défini 4 outils de pilotage obligatoires : le budget de projet, le tableau de suivi financier en temps réel, le rapport d’exécution et le tableau des immobilisations.

En synthèse de cette intense journée, l'IGSC dicte une feuille de route en 5 recommandations clés pour les établissements :

  1. Structurer les cellules de recherche dès leur création.
  2. ​Mettre en place une comptabilité simplifiée mais fiable. La simplicité ne doit jamais compromettre la fiabilité des informations.
  3. ​Former les gestionnaires des projets de recherche en comptabilité et fiscalité.
  4. ​Renforcer les mécanismes de contrôle interne pour protéger les ressources.
  5. ​Assurer la traçabilité absolue des financements et des exonérations obtenus.

Un nouvel horizon pour la science congolaise 

​En fin de journée, le Coordonnateur de l'IGSC, le Professeur Docteur Antoine Tshimpi Wola, a repris la parole pour clore officiellement cette session historique. Les travaux se sont ainsi achevés sur une formule forte, portée par la vision commune de la direction et des intervenants de l'IGSC, résumant à elle seule l'esprit de cette réforme systémique :

​« Une bonne gouvernance financière sécurise les financements et renforce la confiance des partenaires. »

​C'est sur ces mots d'engagement, suivis des remerciements chaleureux de l'auditoire et de la formule rituelle de l'orateur ("JE DIS ET JE VOUS REMERCIE").


C'est quoi la suite?

Oui, demain jeudi 28 mai 2026, dans la même salle et à la même heure donc de 15h-17h, Madame Hélène GARUKU (DGA du FOGEC) animera le module sur l'Intelligence d’entrepreneuriat et mobilisation des fonds bancaires.

Soyons nombreux et entrons dans cette dynamique pour porter à bon port l'étendard de la recherche en République Démocratique du Congo, notre beau et cher Pays.

Rédaction IGSC

Kinshasa, Mai 2026